
L’addiction et l’enfance sont liées plus souvent qu’on ne le croit.
Il y a des enfants qui grandissent.
Et il y a des enfants qui survivent.
Moi — j’ai survécu.
Pas dans un film.
Pas dans un livre.
Dans une cuisine.
Un soir banal.
À 12 ans.
Mais pour comprendre ce soir-là
il faut revenir avant.
Je ne suis pas né dans une famille cassée
Je suis né dans un monde où tout ça était normal.
L’addiction n’était pas un problème.
C’était le décor.
Ma mère tenait debout comme elle pouvait.
Violence. Isolement. Fatigue.
Elle travaillait. Donnait. Aimait.
Mon père, lui, disparaissait déjà.
Opiacés. Alcool. Cocaïne.
Je l’ai connu.
Mais jamais vraiment eu.
Pas un père.
Une présence floue.
Et quand tu grandis là-dedans,
tu ne te poses pas de questions.
Tu t’adaptes.
Ce que l’enfance installe avant l’addiction
Vers 6 ou 7 ans, j’ai commencé à comprendre.
Pas avec des mots.
Avec le ventre.
Ma mère montait à l’étage entre deux services.
Je la regardais préparer “son tabac”.
Ses gestes étaient précis.
Habituels.
Je savais que ce n’était pas du tabac.
Je posais des questions.
Elle répondait.
Et moi, je faisais comme si ça suffisait.
Parce qu’un enfant fait toujours comme si ça suffisait.
Sans le savoir, j’apprenais déjà :
Ne pas voir.
Ne pas dire.
Continuer quand même.
Plus tard, ça s’appelle l’addiction.
L’instabilité devient ta normalité
Il n’y avait pas toujours du chaos.
Mais jamais de paix.
Des silences lourds.
Des regards vides.
Et toi, tu captes tout.
Alors tu changes.
Tu observes.
Tu anticipes.
Et surtout, tu te fais petit.
Tu deviens celui qui ne dérange pas.
Parce que dans un monde instable
le calme, c’est survivre.
S’attacher, c’est perdre
On part.
Encore.
On laisse tout derrière.
Bastien.
Luca.
Des prénoms qui restent.
Des vies qui disparaissent.
Alors tu comprends un truc simple :
S’attacher, ça fait mal.
Donc tu coupes.
Avant même que ça casse.
L’isolement commence là.
Pas dehors.
Dedans.
Ce que l’enfance blessée prépare pour l’addiction
Pas une douleur claire.
Un fond.
Une tension constante.
Un bruit intérieur qui ne s’arrête jamais.
Tu vis.
Mais jamais vraiment.
Et ton cerveau commence déjà à chercher une sortie.
Ce soir-là
12 ans.
Un bruit.
Pas normal.
Je descends.
Ma mère est au sol.
Du sang autour de sa tête.
Je pose mes doigts sur son cou.
Elle respire encore.
Dans la pièce,
son compagnon fume.
Calme.
Comme si rien.
Didier arrive.
Appelle l’ambulance.
Sept minutes.
Les plus longues de ma vie.
Deux anévrismes.
Deux opérations.
Elle meurt.
Puis revient.
Mais moi,
je ne reviens jamais vraiment.
Tu comprends trop tôt
À 12 ans, tu comprends :
Le monde n’est pas sûr.
Personne ne viendra forcément te sauver.
La même année, mon père tombe.
Deux comas.
Il revient.
Mais plus vraiment.
En quelques mois,
je perds mes deux parents.
Pas physiquement.
Mais pour de vrai.
Et là, il n’y a plus personne
Pas d’aide.
Pas de cadre.
Rien.
Je me lève seul.
Mange seul.
Vis seul.
Je vais à l’école.
Je souris.
À l’intérieur,
tout est cassé.
C’est là que la carapace naît.
Pas pour faire le dur.
Pour tenir.
L’addiction commence ici
Pas avec un produit.
Avec un état.
Un enfant seul.
Anxieux.
Sans repères.
Le cerveau fait ce qu’il peut.
Il cherche une sortie.
Pas pour se détruire.
Pour respirer.
L’addiction ne commence pas quand tu consommes.
Elle commence quand tu n’as plus d’endroit où aller.
Le moment de lucidité
Pendant longtemps, j’ai cru que le problème, c’était les produits.
C’était faux.
Le produit, c’était la réponse.
La vraie question était là depuis le début.
Dans l’enfance.
Dans le silence.
Et dans ce que personne n’a vu.
Direction
Ce que tu as construit pour survivre,
va te bloquer pour vivre.
Mais ça peut se déconstruire.
Pas en un jour.
Mais pour de vrai.
Fin
Si tu te reconnais,
Alors non.
Tu n’es pas faible.
Tu t’es adapté.
Si tu veux aller plus loin,
La carapace que tu as construite pour tenir, je l’explique ici.
La carapace : pourquoi on apprend à ne plus ressentir
Et si tu veux comprendre comment la première consommation s’installe,
c’est par là. La première consommation : le moment où tout bascule
L’addiction et l’enfance forment un lien que peu de gens osent regarder en face.
Pour aller plus loin : Addiction Suisse
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Les 7 premiers jours pour reprendre le contrôle.
7 outils concrets. Pour tenir quand tout pousse à lâcher.
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